Articles

BRAHMACHARYA : la joie de la simplicité.

À l’heure où des mil­lions de per­son­nes s’apprêtent habituelle­ment à rem­plir leurs valis­es, à sur­charg­er leurs véhicules ou à pren­dre l’avion, à l’heure où la joie à l’idée de par­tir en vacances se fait telle­ment intense que celle-ci relève plutôt de l’excitation, sommes-nous capa­bles, qui plus est en cette année par­ti­c­ulière où la vie nous a mis face à nous-mêmes, où elle nous envoie des mes­sages pour com­pren­dre quelle est notre juste place, sommes-nous donc capa­bles de mod­ér­er nos envies, nos exci­ta­tions ?

Dans le pre­mier pétale du ash­tan­ga yoga de Patan­jali, le qua­trième yama (yama = principes rela­tion­nels, règles morales sociales uni­verselles) se nomme Brah­macharya.

Bra­hamacharya est un terme san­skrit qui désigne l’apprentissage de la sci­ence sacrée, l’étude du Véda ou encore une vie pure.

Brah­man désigne l’Être Suprême ou  le Principe de vie suprême, le Dieu comme l’Essence ou le sub­strat du Tout.

Carya (se prononce charya) peut se traduire comme un com­porte­ment, une activ­ité, une vie vertueuse.

Dans les Yoga-Sutra, on retrou­ve des tra­duc­tions, rel­a­tives aux dif­férents auteurs, qui ne sont pas tou­jours iden­tiques (ceci est tout autant val­able pour d’autres textes ou tra­duc­tions).

Ain­si, ces tra­duc­tions de Brah­macharya vari­ent depuis le sens de mod­éra­tion à la chasteté, du céli­bat à la sagesse, en pas­sant même par­fois par l’ascétisme.

Gar­dons l’idée qu’un des principes fon­da­men­taux des yogis est de con­serv­er l’énergie pour engranger de la vital­ité et de la longévité.

Dans cette per­spec­tive, la tra­duc­tion que je con­serve et qui me sem­ble la plus appro­priée est celle de la mod­éra­tion au sens large du terme, qui a trait tout autant à l’activité sex­uelle, qu’à l’économie des actes et des pen­sées dis­cur­sives, ain­si qu’à l’usage de la parole. (Je dévelop­perai ultérieure­ment ce sujet dans un autre arti­cle).

De ce fait, nous pou­vons tir­er par­ti du con­texte actuel de la pandémie, pour appren­dre ou réap­pren­dre ce qu’est la mod­éra­tion, ce que sig­ni­fie Brah­macharya pour ressen­tir et vivre ses ver­tus et ses bien­faits.

De sur­croît, puisque Brah­macharya est un principe rela­tion­nel et que nous devons actuelle­ment veiller à nos com­porte­ments pour pro­téger les autres et se pro­téger soi-même d’une éventuelle con­t­a­m­i­na­tion, faisons au mieux pour réduire les déplace­ments, les agi­ta­tions, la démesure, la sur­con­som­ma­tion. Ceci n’altère en rien le sen­ti­ment de joie d’être que l’on éprou­ve dans la vie et notre quo­ti­di­en !

Apprenons grâce à Brah­macharya à réduire la fébril­ité men­tale au prof­it de la force et de la sta­bil­ité de la con­science d’être soi.

Du bon sens, tout naturellement

Le yoga a été comme une aspi­ra­tion de mon âme vers lui.

Je me sou­viens d’une péri­ode de ma vie, plus pré­cisé­ment dans ma jeunesse, où je me suis dévelop­pé et con­stru­it autour d’un sen­ti­ment de pro­tec­tion face à une peur intérieure pro­fonde, qui se reflé­tait en par­tie dans ma vision du monde extérieur.  Je prof­ite de cette occa­sion pour dépos­er une demande de par­don envers tous les Êtres vivants que j’ai frois­sés ou blessés, con­sciem­ment ou non ; le par­don et l’Amour sont deux éner­gies d’élévation et de matu­rité, elles nous per­me­t­tent de tran­scen­der la lour­deur et la néga­tiv­ité de cer­taines émo­tions.

Sur ce chemin, heureuse­ment, l’élan de vie, la foi qui m’anime et le courage de faire d’autres choix m’ont per­mis de revenir sur une voie plus juste pour mon équili­bre et mon bien-être.

Vic­tor Hugo soulig­nait ceci : « C’est une triste chose de songer que la nature par­le et que le genre humain n’écoute pas ». Com­prenons bien ici que Vic­tor Hugo intè­gre dans l’usage du terme nature, cet élan de vie qui nous ani­me tous autant que nous soyons, puisque nos faisons par­tie inté­grante de la nature !

De la sorte, sché­ma­ti­sons très som­maire­ment la con­di­tion humaine :

                Être humain = Organ­isme vivant

                Organ­isme vivant = assu­jet­ti à des lois naturelles

Or, ces mêmes lois naturelles ne sont plus enten­dues, respec­tées ni con­sid­érées à leurs justes valeurs dans nos sociétés mod­ernes actuelles – (quoi qu’une tran­si­tion et des éveils s’opèrent fort heureuse­ment dans cer­tains milieux).

Dévelop­per assidû­ment ma pra­tique de yoga m’a per­mis de réalis­er com­bi­en nous sommes envahis et agressés par un nom­bre crois­sant de stim­uli stres­sants pour nous.

Notre organ­isme, dans ses fonc­tions les plus archaïques certes, mais aus­si les plus vitales, est ain­si décon­nec­té de ses réels besoins pri­maires au prof­it d’une dégra­da­tion de notre état de san­té et d’un bon équili­bre. Quoi qu’on en dise, ces fonc­tions archaïques sont les con­sti­tu­ants de base de tout notre équili­bre.

Sim­pli­fions encore une fois très som­maire­ment :

                Être humain = Fonc­tions archaïques

                Fonc­tions archaïques = Chimie et bio-élec­tro­mag­nétisme

Le point de départ est la réal­ité biologique du vivant.  A titre d’exemple, dès le moment de la con­cep­tion d’un être humain où un sper­ma­to­zoïde pénètre à l’intérieur de l’ovule, celui-ci pro­duit une réac­tion chim­ique inter­dis­ant tout accès à d’autres sper­ma­to­zoïdes.

Bien­v­enue dans le mode de for­ma­tion des espèces : la phy­lo­genèse !

Plus poé­tique­ment, on par­le d’amour. D’ailleurs, en par­lant d’amour dans son sens le plus com­mun, c’est aus­si le résul­tat d’une fonc­tion archaïque, une pro­duc­tion biologique chim­ique : les hor­mones.

C’est là où inter­vient un phénomène d’importance majeure souligné par Chris­t­ian Flèche, auteur du livre « Mon corps pour me guider » : « Le cerveau ne sait pas faire la dif­férence entre le réel et l’imaginaire. [….] Tout ce qui vient à tra­vers les sens, ou à tra­vers la pen­sée, l’imaginaire, est traduit de façon biologique ».

Notre cœur bat la chamade suite à une réac­tion chim­ique !

Ain­si, dans notre quo­ti­di­en d’Hommes con­tem­po­rains, il y a un accroisse­ment inces­sant d’échanges et de pro­duc­tions chim­iques qui se font à notre insu. Les résul­tats de tous ces stim­uli externes (visuels, olfac­t­ifs, sonores, gus­ta­t­ifs, der­miques), et par­ti­c­ulière­ment exces­sifs dans les aggloméra­tions, se retrou­vent essen­tielle­ment dans le dérè­gle­ment de nos organes par une rela­tion de cause à effet dont nous sommes incon­scients : une sur-sol­lic­i­ta­tion des fonc­tions archaïques et de notre chimie intérieure, d’autant plus accrue avec l’usage des tech­nolo­gies virtuelles.

Cette sit­u­a­tion n’est pas irréversible, au con­traire, nous pou­vons en pren­dre con­science grâce à notre sen­si­bil­ité. Accéder à cette sen­si­bil­ité va deman­der pour la plu­part d’entre nous de « shunter » les réflex­es men­taux et les pen­sées pour observ­er et décou­vrir nos sché­mas réac­tion­nels habituels.

Dans les apho­rismes du Yoga Sutra, dès la deux­ième sen­tence, nous apprenons ceci :

« Yoga cit­ta vrt­ti niro­dah »

« Le yoga est la fac­ulté de diriger les fluc­tu­a­tions du psy­chisme ».

Ce qui revient  à dire que la plu­part du temps, et pour beau­coup d’entre nous, nous ne sommes pas con­scients que nous sommes entraînés dans le tour­bil­lon de nos pen­sées et de nos réac­tions habituelles.

On peut légitime­ment se deman­der quel est l’intérêt de cette fac­ulté ?

Ce qu’enseigne le qua­trième apho­risme du YS :

« Vrt­ti­s­arupyam itara­tra ».

« Autrement, il y a iden­ti­fi­ca­tion aux activ­ités du psy­chisme ».

vrttisarupyam itaratra.jpg

(Image extraite du YS com­men­té par Bernard Bouan­chaud)

Ayant con­nais­sance de ces quelques infor­ma­tions ( on peut dévelop­per le sujet et je le ferai prob­a­ble­ment lors d’un prochain arti­cle), ne pou­vons-nous pas nous inter­roger sur nos actuels modes de vie hyper sol­lic­ités pour faire des choix con­séquents, et pourquoi ne pas établir des bases plus mod­érées pour le bien de tous les êtres vivants ?

J’évoque ici Pierre Rab­hi : « Une sobriété heureuse ».

Du bon sens, tout naturelle­ment !